Lutter contre « Poupeska »
Écrit par Stéphanie C. Houle - 05/11/07
Voici l’histoire de Lénora, une jeune fille de onze ans, qui est aussi le personnage principal de « Poupeska », un roman pour la jeunesse écrit par Françoise Lepage. C’est une histoire fictive, mais c’est peut-être aussi l’histoire d’un de tes amis, ou même la tienne. Lénora est victime d’intimidation, et elle a besoin d’aide pour régler ses problèmes.
Imagine ce scénario : une nouvelle élève vient de s’ajouter à ta classe. Elle est nouvelle dans ton quartier, et tu la trouves petite, maigre et très gênée. Tu sais que ton professeur crie constamment après elle et la traite d’incompétente, mais il crie toujours après les élèves. Tu sais aussi que deux de tes collègues de classe se moquent d’elle sans arrêt, mais ils ont toujours été très moqueurs.

Origine : Stéphanie C. Houle
Ce que tu ne sais pas, c’est qu’à chaque matin elle redoute l’arrivée du « monstre jaune », comme elle l’appelle, qui l’amène à l’école, le lieu source de ses cauchemars. Ce qu’elle mange, son estomac ne le garde pas, c’est pour cela qu’elle est si maigre.
Sa mère travaille le soir donc elle essaie de parler de ses problèmes à son père, mais il ne l’écoute pas. Il lui dit qu’elle est assez grande pour régler ses problèmes toute seule. Alors, ne sachant pas à qui se confier, elle dévoile ses problèmes et ses émotions dans son journal intime. « Les victimes d’intimidation ne vont pas s’en vanter, a déclaré Mme Lepage. Elles hésitent beaucoup avant d’en parler à quelqu’un d’autre puisqu’elles croient que c’est humiliant.»
Plus la trame du livre avance, plus ses problèmes empirent. Cela nous mène même à se demander comment elle fera pour s’en sortir. Souvent, c’est cette situation qui est le plus grand obstacle pour les jeunes qui sont victimes d’intimidation. Le roman de Mme Lepage a donc pour but de lancer le message suivant: il faut en parler.
« Son père ne veut pas d’ennuis, il fait la sourde oreille et la renvoie seule avec elle-même, a expliqué Mme Lepage. Elle n’a ni frères ni soeurs, elle se retrouve donc seule même si elle a une famille. » Plus tard, son père lui dit qu’elle n’a pas de caractère. Elle essayera donc de lui prouver qu’il a tort en faisant quelque chose d’extrêmement dangereux. « La scène qui suit (avec ses parents), c’est comme un orage qui va amener le règlement de la situation. » En effet, malgré le tournant négatif que prend le livre, c’est à partir du moment où elle avoue ses tracas à sa mère qu’elle commence à guérir.
La naissance de « Poupeska »
Mme Lepage avait lu dans une revue québécoise qu’un enfant sur cinq vivait dans l’angoisse, en particulier à cause de l’école. Après avoir été frappée par cette révélation, Mme Lepage s’est lancée dans l’écriture d’un roman pour la jeunesse, ayant comme thème central l’angoisse chez les jeunes à l’école. Au début, elle voulait parler d’une angoisse simple, c’est-à-dire celle d’une enfant qui a peur de ne pas réussir à l’école. Au fil de son travail, d’autres obstacles se sont ajoutés et l’histoire est vite devenue le cauchemar d’une victime d’intimidation. Le professeur colérique, les collègues de classe méchants, la mère absente et le père qui ne l’écoute pas : voici la recette ultime pour le drame qu’est l’intimidation.
Pourquoi l’intimidation tombe sur un enfant plutôt qu’un autre? Voilà une question à laquelle Françoise Lepage a essayé de répondre à travers son roman. « Un jeune qui est bien intégré à l’école est beaucoup moins sujet à subir de l’intimidation, a dit Mme Lepage. Ce sont les enfants plus solitaires et les nouveaux venus qui font de victimes faciles. »
Pourquoi « Poupeska » ?
Le roman porte le titre de « Poupeska » parce que Lénora est hantée par une poupée russe dans son imaginaire. Plus la vie est difficile pour Lénora, plus Poupeska grossit et est heureuse. Elle vit à travers ses angoisses. C’est seulement lorsque sa mère lui en donne une pour son anniversaire qu’elle réussit à transférer les angoisses de la poupée intérieure à la poupée de bois.
Alors voici un exemple d’histoire sur l’intimidation qui se termine de façon positive. C’est aussi important d’intervenir si tu es témoin, car prétendre que tu ne vois rien est synonyme que tu acceptes de tels comportements. La victime a besoin d’aide pour s’en sortir, et c’est important qu’elle sache qu’elle n’est pas seule. Ce ne sont pas tous les jeunes qui ont une « Poupeska » pour leur aider à se guérir!
À propos de l’auteur…
Originaire de France, Françoise Lepage est arrivée au Canada il y a plus de trente ans. D’abord comme bibliothécaire, ensuite comme traductrice en bibliothéconomie, puis enfin comme enseignante à l’Université d’Ottawa, Mme Lepage a toujours travaillé dans le domaine de l’écriture. Ce n’est qu’assez tard dans sa carrière cependant qu’elle s’est rendu compte qu’elle était capable d’écrire de la fiction. « Poupeska » est le sixième livre pour enfants que Mme Lepage publie depuis 2003.
À propos du roman…
Le roman « Poupeska » a remporté plusieurs prix dont le Prix du livre d’enfant Trillium 2006, Prix LeDroit du livre pour la jeunesse 2007, en plus d’avoir été finaliste au Prix du Gouverneur général en 2006 et pour le Prix du livre d’Ottawa 2007. Les illustrations ont été réalisées par Gilles Lacombe, qui est aussi écrivain et poète.
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